Après la guerre, l’homme possède déjà des armes capables de détruire des villes entières : Oppenheimer était passé par là. Le destructeur du monde, c’est l’homme lui-même. L’ère atomique, l’ère de l’Anthropocène, de la destruction massive, du no limit. En 1963, Konrad Lorenz publie un ouvrage qui paraîtra en français sous le titre L’Agression. Une histoire naturelle du mal. Pour comprendre la violence humaine, l’éthologue autrichien se tourne vers les animaux. Il les observe et découvre que, chez eux aussi, les individus se disputent des territoires, défendent leurs petits et s’entretuent. La nature n’est pas douce, elle est même souvent cruelle. Certains affrontements sont particulièrement violents, parfois mortels. Et la violence semble parfois prendre l’apparence d’un jeu, comme chez le chat qui s’amuse avec une souris qu’il vient de tuer. Pourquoi la nature aurait-elle donc conservé un instinct capable de mettre en danger ceux qui le possèdent ?
C’est à cette question que Lorenz tente de répondre dans ce livre. Il y décrit l’agressivité comme une fonction qui possède sa propre utilité biologique. Elle participe à la répartition des animaux sur leur territoire, intervient dans la reproduction et contribue à l’organisation des sociétés. Plus étonnant encore, cette même agressivité peut favoriser la formation de liens durables, d’amitié et d’amour entre les individus. Et la nature, toujours ingénieuse, a développé ses propres mécanismes capables de limiter les combats et de transformer certains comportements en véritables rituels sociaux. Surprenant retournement, donc : l’agression est vectrice de liens sociaux ! L’agression, que nous associons spontanément à la destruction, participe aussi à l’organisation de la vie et à sa douceur.
Mais qu’en est-il de l’homme ? Lui aussi possède cet héritage animal. Même si son orgueil l’empêche de le voir franchement, l’homme hérite de cette animalité. Seulement, immense problème : il a évolué et s’est détaché de la naturalité directe des animaux. Ses capacités techniques et son organisation sociale ont profondément transformé son agressivité. Elle ne connaît plus de limites. Avec ses armes, l’homme dispose d’une puissance de destruction sans commune mesure avec les moyens naturels. C’est tout le problème que soulève Lorenz : comment apprendre à maîtriser un instinct que l’évolution a inscrit dans notre nature et que notre civilisation a pourtant rendu si dangereux ?
Ce contenu est réservé aux abonnés.
Débloquez ce podcast et
toute la bibliothèque IdéoChoc
Un concentré des meilleures idées en 25 min
Écoutez sans contrainte, où que vous soyez
Affûtez votre esprit avec des analyses percutantes