Au tournant des XIIIe et XIVe siècles, la pensée chrétienne connaît un immense développement. Les universités se sont installées au cœur des grandes villes. Aristote est lu, traduit et commenté. Dominicains et franciscains débattent de la connaissance, de la liberté, de la grâce et du rapport intime qui unit l’homme et Dieu. Quelques décennies plus tôt, saint Thomas d’Aquin avait tenté d’unir dans une immense Somme l’héritage philosophique d’Aristote et de la Révélation chrétienne. Dans ce monde où la philosophie renaît, l’homme et la création redeviennent des problèmes à part entière. Foi et raison s’interrogent mutuellement.
Né vers 1260, le futur Maître Eckhart entre chez les dominicains. Il deviendra l’un des plus grands théologiens allemands de son temps. Son titre de Maître lui vient à la suite de son enseignement universitaire à Paris, où il obtient le plus haut grade de théologie. Toutefois, Eckhart, comme d’autres dominicains, est aussi un prédicateur. Il s’adresse en allemand à des religieux et à des laïcs auxquels il tente d’expliquer comment l’homme peut vivre véritablement en Dieu. Ses sermons feront œuvre et inspireront des générations de penseurs et de métaphysiciens. Heidegger lui-même invoquait son nom avec respect. C’est dans cet univers spirituel qu’apparaît le petit traité que la tradition connaît sous le nom de Du détachement.
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