En 1874, quelques mois après la publication de sa deuxième Considération inactuelle, Nietzsche fait paraître le troisième volet de son offensive contre la culture allemande contemporaine : Schopenhauer éducateur. Le texte est accueilli avec un enthousiasme particulier dans le cercle de Bayreuth. Cosima Wagner, notamment, remercie chaleureusement Nietzsche pour l’exaltation que cette lecture lui a procurée et affirme reconnaître dans cette œuvre sa propre « considération inactuelle ». Cet accueil n’a rien d’étonnant. À travers son hommage à Schopenhauer, Nietzsche défend en fait un idéal héroïque du génie, de l’art et de la culture qui le lie encore fortement à l’entreprise wagnérienne.
Le titre de cette troisième Considération peut d’ailleurs induire en erreur. Il ne s’agit pas d’une étude de la philosophie de Schopenhauer. Plutôt que de discuter de la métaphysique de la Volonté ou du pessimisme de Schopenhauer, Nietzsche prend pour point de départ la figure de ce philosophe qu’il admire et donne ainsi en exemple un certain type humain. Schopenhauer représente un éducateur capable d’aider chacun à se libérer des conventions et à devenir lui-même. L’humanité a pour but premier de produire de grands hommes : telle est la conviction que Nietzsche défend dans ce texte. Mais comment faire de leur apparition la finalité même de la culture ?
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